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agosto 17, 2022

Deuil en travail

 


 
C’est comme si la pensée, sous l’impulsion de la douleur, se trouvait entraînée dans son propre labyrinthe ; comme si la souffrance trouvait son exacte forme mentale dans l’oscillation interminable des hypothèses, des calculs, et des résolutions contradictoires. […] Dans l’angoisse toute certitude s’effondre et la vitesse de surgissement des représentations divergentes devient incontrôlable. Rien ne s’arrange bien sûr avec la nouvelle de la mort d’Albertine, aussitôt brouillée par ses lettres posthumes et contradictoires. […] Mais il est trop tard, ce sont là les tergiversations d’un fantôme, Albertine est morte, le narrateur est pris dans d’autres contradictions : celles du deuil en travail, où l’on voudrait cesser de souffrir, mais où l’on craint par-dessus tout de ne plus souffrir parce que c’est le dernier lien qui nous rattache à l’objet perdu. Pas d’image ou de sentiment qui ne se retourne en son contraire.

Laurent Jenny. L'effet Albertine
 


[Fotografia: Trilha do Saquinho, Florianópolis, por Amor de la foto, Album Deuil en travail]