C’est comme si la pensée, sous l’impulsion de la douleur, se trouvait
entraînée dans son propre labyrinthe ; comme si la souffrance trouvait
son exacte forme mentale dans l’oscillation interminable des hypothèses,
des calculs, et des résolutions contradictoires. […] Dans l’angoisse
toute certitude s’effondre et la vitesse de surgissement des
représentations divergentes devient incontrôlable. Rien ne s’arrange
bien sûr avec la nouvelle de la mort d’Albertine, aussitôt brouillée par
ses lettres posthumes et contradictoires. […] Mais il est trop tard, ce
sont là les tergiversations d’un fantôme, Albertine est morte, le
narrateur est pris dans d’autres contradictions : celles du deuil en
travail, où l’on voudrait cesser de souffrir, mais où l’on craint
par-dessus tout de ne plus souffrir parce que c’est le dernier lien qui
nous rattache à l’objet perdu. Pas d’image ou de sentiment qui ne se
retourne en son contraire.
Laurent Jenny. L'effet Albertine
Laurent Jenny. L'effet Albertine
[Fotografia: Trilha do Saquinho, Florianópolis, por Amor de la foto, Album Deuil en travail]



